L'Esprit des danses country & western

d'Anne Guegan

 

Quel bonheur et, pourquoi ne pas le dire, quel honneur de consacrer quelques lignes – élogieuses – à un tel ouvrage ! Il vient à point. Il vient à son heure. Il y a, certes, de nombreux livres qui traitent savamment de la danse country & western. Mais en anglais. Pour tourner, depuis des années, avec des conférences tentant de porter la bonne parole dans les clubs de danse country – avec un message simple : “Ne dansez pas idiots, la country music ce n’est pas seulement un rythme pour faire bouger les popotins” – nous savons que l’un des problèmes majeurs tient à la méconnaissance, chez nous, de la langue anglaise. Et plus que ça : de la langue américaine.

Imaginez un Américain qui aimerait les mélodies très élaborées de Georges Brassens, mais qui ne comprendrait pas un traître mot des paroles de ses chansons... On nous dira : “Oui, d’accord, sans doute, mais bon, la musique c’est de la musique et les gens sont là pour danser, alors…” Mauvaise pioche ! Car si on peut danser le rock sans comprendre l’anglais, la samba sans comprendre le portugais, le sirtaki sans comprendre le grec, le paso-doble sans comprendre l’espagnol, on ne peut pas faire “n’importe quoi” sur de la country music. Parce que les paroles qui servent cette musique ne sont pas anodines. Ce n’est pas de la roucoulade, de la bluette, de la guimauve, du sirop pop. Ces sont des paroles signifiantes et fortes, presque des poèmes. Ainsi – pour ne prendre qu’un exemple – est-il désespérant de se trémousser comme des gazelles sur le très viril, voire brutal, Beer For My Horses de Toby Keith…

Tout ce préambule pour dire que la qualité première de ce livre est d’être en français et, du même coup, accessible à tous. La seconde est qu’il répond – et intelligemment – à toutes les questions que vous vous posiez sans toujours savoir à qui et où vous adresser pour obtenir des réponses.

Ce livre, nous l’attendions. Le voilà. Un magnifique ouvrage. Un bel objet. On sent qu’il a été rédigé, conçu, travaillé, enluminé, par une personne – Anne Guegan – qui maîtrise parfaitement son sujet, ce qui est bien, mais qui a – aussi – le souci du beau, ce qui est mieux. Les illustrations, certaines rares, voire inédites, ont demandé de longues recherches. Encore fallait-il les agencer avec goût pour éclairer les textes, donner du lustre aux explications, être didactique et même un peu pédagogique sans jamais être ennuyeux. Anne Guegan est universitaire. Et cela fait toute la différence avec certains tâcherons, sympathiques certes, mais qui bricolent des trucs ni faits ni à faire…

Un peu pinailleur sur les bords en ce qui concerne la danse country & western en général, et la country music en particulier, inutile de vous dire que j’ai compulsé ce livre avec le regard de l’entomologiste Fabre étudiant les insectes… Résultat des courses ? Il ne manque pas un bouton de guêtres ! Rien n’a été oublié, tout a été retenu et parfaitement mis en… musique. Un bon livre, c’est un livre dont vous ressortez plus intelligent après l’avoir lu. C’est là le cas. Mais plus encore : on ressort de celui-là le cœur en fête, l’âme joyeuse, la tête pleine de rêves et les gambilles pleines de fourmis !
 
 
Vous galopez ainsi de la toute origine de la danse, la contredanse, jusqu’aux danses les plus récentes en passant par le bunny hop, le westcoast swing, le two step (la reine des danses country), le “Achy Breaky Heart” (qui fut un phénomène déclencheur et, dans une certaine mesure, fondateur) et autres tush push. Chacune des danses est analysée, décrite, remise dans son contexte, étudiée de manière quasi universitaire, des bals populaires aux bals mondains, des danses traditionnelles aux danses animalières (issues des danses ragtime et des danses swing, bien sûr, mais surtout héritières de ce que dansaient les cowboys pour se désennuyer).

Vous vous demandiez : “C’est quoi le cake walk ? Et le clogging ? Et le big apple ?” Vous avez là toutes les réponses.

Les danses, bien sûr. Mais auteur de cette somme encyclopédique, Anne Guegan n’ignore pas que c’est la musique qui engendre la danse et jamais le contraire (sinon artificiellement). Elle consacre ainsi des chapitres très érudits à l’histoire de la country music. Sans rien omettre là encore : l’Old Time Music (hillbilly), le country gospel, la western music, le style honky tonk, le bluegrass, le country boogie, le rockabilly, le Nashville sound, le phénomène “outlaw”, la (so called) new country, le cajun et le zydeco.

Ce livre ne contiendrait que ça, ce serait déjà un trésor. Mais cette encyclopédie – en français –, s’adressant à un public français, un long chapitre, et c’est une première absolue, est consacré aux danses country & western en France.

Ce n’est que justice. Il est juste et bon, en effet, de rendre hommage à ces pionniers qui, au fil des années, contre vents et marées, vox clamanti in deserto parfois, ont voulu structurer, via des associations, des fédérations, des festivals (hommage à Georges Carrier), des bals populaires, des groupements caritatifs (je pense aux concerts du Rotary et de Danyel Gérard à Poissy, à ceux du Lions Club à Sanary-sur-Mer, à Handi Line dans l’est de la France), ce qui, au début, ne semblait devoir être qu’un phénomène de mode. Naguère, l’excellente Barbara Mandrell chantait : “I was country when country was not cool.”
 

Ils sont quelques-uns – une poignée – qui peuvent dire la même chose : “Nous étions country quand la country ne comptait que pour de la roupie de sansonnet”…

Est-ce à dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et que la partie est gagnée ? Non. La country music, en France, reste réduite à la portion congrue. Et, plus grave, s’il est des clubs de country line dance et de square dance qui sont les véritables gardiens du temple, il en est d’autres qui dansent sur n’importe quoi (j’ai vu un club de line dance danser sur du Lady Gaga !).

Il nous fallait donc ce livre témoin. Son existence est un signe. Une Bonne Nouvelle (gospel) à propager. Nous le recevons avec gratitude et admiration. Il a demandé un travail de bénédictins (je n’ose écrire de bénédictine…) et donc, si je ne craignais de blasphémer, je dirais que nous le recevons comme une Bible. A lire. A relire. A faire lire. A diffuser. Et à marquer d’une pierre blanche sur le beau chemin ensoleillé – The Sunny Side comme chantait la Carter Family – de la plus belle musique du monde.

Alain Sanders

Pour tout renseignement :

http://www.esprit-danses-country-western.com

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